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Second tour, ce con de tour?

Bon, bon, bon… Soupir…

Mettons-nous tout de suite d’accord, je ne vais pas faire de leçon de morale ni vous dire pour qui voter, je n’ai pas de légitimité pour ça, je ne suis qu’un clampin parmi d’autres. Mais, comme je l’ai dit dès le début de ce Blaugue, j’essaie de parler de notre époque et de la manière dont un vieux con de 63 ans la voit, la reçoit. Par conséquent aujourd’hui, je vais essayer de partager avec vous mes réflexions suite à ce 1er tour des législatives 2024, ce que j’en tire et ce que je vais faire.

Photo de Jakub Żerdzicki sur Unsplash

Je commence par évacuer la question des programmes économiques, car je ne me baserai pas là-dessus, ce n’est que du folklore. Pourquoi? Parce que le pays est endetté comme jamais et que tout débiteur est à la merci de ses créanciers. Quelle que soit la cohérence ou l’incohérence des propositions économiques, leur niveau de sérieux ou de démagogie, elles ne seront pas mises en œuvre. Rappelez-vous Mitterrand sommé en 83, par toutes les autorités financières de “revenir à la raison”, finissant par remplacer Mauroy, figure emblématique de la gauche sociale par Fabius, énarque et gestionnaire sans charisme. Or, à cette époque, l’endettement de la France était bien moins important qu’à l’heure actuelle.

Aujourd’hui ça sent le scénario à la grecque. On sait comment a fini le gouvernement Tsipras qui, fort de la légitimité d’un référendum populaire, voulait renégocier l’accord sur la dette grecque avec ses créanciers. Après un refus humiliant, il s’est trouvé acculé à la démission et la cure d’austérité n’a pas été remise en question. Où l’on voit que la volonté politique, comme la volonté populaire, ne pèse pas grand-chose quand tu dois trop de blé.

Pour ceux qui n’auraient pas bien suivi, résumons-nous :

1) quand tu t’endettes tes créanciers te tiennent par les couilles

2) plus tu t’endettes, plus la poigne se resserre, plus ça fait mal et moins tu peux bouger

3) conséquence: tu bouges plus sinon on te les coupe

Que faire?

Alors que reste-t-il pour se déterminer? Ben le reste du programme. Moi, je l’ai déjà dit, je me sens plutôt “de gauche” mais, et j’en ai aussi déjà parlé, je supporte assez mal les partis, les syndicats, bref, l’enrôlement, l’embrigadement et suivre un leader le doigt sur la couture du pantalon. Comme tout électeur sensé, je vais plutôt voter en fonction du modèle de société et du climat social que laisse présager chaque bloc. Là, je vais, comme beaucoup d’entre nous, voter pour éviter tel ou tel, par rejet plutôt que par adhésion. Quand on se prépare à ce type de vote, on prend une feuille et on fixe ses priorités, l’ordre de ses inimitiés.

Photo de Glenn Carstens-Peters sur Unsplash

En ce qui me concerne c’est très simple:

1) pas le RN: parce que je ne crois pas du tout au ripolinage du parti opéré par MLP. Pour moi, ce n’est que du marketing. Ensuite, j’ai toujours détesté l’imbrication entre la famille Le Pen et le parti FN d’abord, RN ensuite, que ce soit au niveau des postes, des finances, des alliances/trahisons politiques. On est sur le même modèle de gestion népotique du pouvoir que la Russie poutinienne ou la Corée du Nord.

2) pas de majorité macroniste: parce que je me rappelle très bien de la surdité et de la violence face au mouvement des gilets jaunes, de la façon dont les propositions de la Convention citoyenne sur le climat ont été jetées à la poubelle, des cadeaux faits aux plus riches, des aides supprimées aux étudiants, de la « politique des chèques » humiliante, dont la cible est chaque fois réduite à sa portion congrue, des “réformes” tapant toujours sur les mêmes, de la fausse compassion surjouée et maintenant de la destruction systématique de tout le cadre politique qui permettait de discuter et éventuellement de coopérer.

3) pas Mélenchon et ses proches au sein de LFI : parce que pour difficile que soit la situation des Palestiniens, elle n’a pas à être cyniquement exploitée en France par des responsables politiques et surtout pas en ces termes. Parce que Mélenchon est une vieille baderne de type stalinien qui joue contre son camp en toute connaissance de cause, avec là encore un cynisme écœurant. Il suffit de réfléchir: qui a servi d’épouvantail agité sans arrêt par les adversaires du NFP? Mélenchon! Contre qui Bardella veut-il désormais débattre? Mélenchon! Pour moi, lui et ses sbires du premier cercle sont autant de boulets à traîner, aussi destructeurs et « hors sol » que le pouvoir en place.

4) pas d’abstention: parce que s’abstenir c’est mécaniquement donner une voix au RN. Si je vote pour un adversaire du RN, j’annule une voix qui s’est portée sur le RN. Si je ne vote pas, parce qu’ils “me dégoûtent tous”, parce que “ça ne m’intéresse pas” ou pour quelque mauvaise raison que ce soit, cette voix pour le RN que je n’annule pas par mon vote, elle comptera. Bonnet blanc et blanc bonnet, ça va tant qu’il n’y a pas de bonnets bruns. Mais là… y a l’feu.

Dans ma circonscription, c’est vrai, j’ai de la chance: le RN a été éliminé au 1er tour. Ne restent qu’une macroniste et une socialiste, donc je vais voter contre la macroniste. Je n’ai pas le problème d’avoir à scruter les déclarations d’un(e) candidat(e) LFI ou LR, total confort. Mais je sais que s’il le fallait, je me boucherais le nez et j’irais voter. Quand il y a le feu, tu n’hésites pas à utiliser les lances à incendie sous prétexte que t’as peur d’une inondation. C’est aussi simple que ça!

Photo de Stephen Radford sur Unsplash

Pas sortis de l’auberge…

Reste que la situation actuelle, si elle est le fruit d’une lente décomposition de notre vie politique, due en partie au manque de vision, de convictions, de courage de notre classe politique, en partie à la corruption de certains d’entre eux, est aussi le résultat de l’apathie des citoyens et de leur “autocentrisme”: ma gueule d’abord et tant que tout va à peu près bien pour moi, je ne bouge pas. Quand on voit que même dans la situation actuelle, un tiers des inscrits ne se sont pas déplacés au premier tour, il leur faut quoi? Ils sont tous RN?

Imaginez, comme c’est déjà le cas dans 47 circonscriptions, que vous ne soyez pas allé voter et que vous vous soyez réveillé lundi matin avec un député RN élu au premier tour? Moi j’aurais doublement les boules. Et si, les “ratonnades”, les “pogroms entre potes” ou les “cassages de PD” se multipliaient demain sans que vous n’ayez au moins essayé d’empêcher ça avec votre bulletin de vote, vous pourriez vous regarder dans la glace? Moi non.

Alors oui, derrière, ça va être la merde de toute façon. On peut se retrouver avec une majorité RN absolue, ou une majorité relative RN plus des supplétifs divers, ou bien sans majorité, sans entente possible; avec une entente de bric et de broc, fragile et instable, éventuellement avec un président poussé à la démission, des manifs dures, des affrontements entre extrêmes dans la rue et une forte dégradation de la situation économique quand les marchés entreront dans la danse. Le pire est toujours possible, j’ajouterai même fortement probable. Ce n’est pas une raison pour s’y résigner. Etre résigné c’est se condamner soi-même.

Wesh gros!

P.S. Pour ceux qui pensaient que la situation actuelle relevait de la politique fiction, que c’était impossible, permettez que je m’autocite avec un petit texte que j’avais publié sur FB en décembre… 2014 !

Impossible n’est pas français

Je ne parle pas souvent politique sur FB mais je voudrais juste attirer votre attention sur la notion d’impossibilité en politique. Au long de ma vie, j’ai entendu tout ce qui suit :

– La gauche n’arrivera jamais au pouvoir, impossible, la France est conservatrice et la gauche est divisée -> François Mitterrand élu président le 10 mai 81.

– Chirac ? Pff… Il ne sera jamais président de la république, impossible, trop nerveux, pas assez consensuel -> Jacques Chirac président de la république pendant 12 ans 1995 – 2007.

– Le Pen ne sera jamais au second tour, impossible, les français n’aiment pas les extrémistes et, de toute façon, le FN ne veut pas du pouvoir -> 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle.

– Sarkozy ? Aucune chance, impossible, trop nerveux, pas assez de prestance, il a trahi tout le monde -> Nicolas Sarkozy élu président en 2007.

– Hollande ? Laissez-moi rire, impossible, trop neutre, pas assez charismatique, il sortira des primaires en lambeaux, et s’il y arrive Sarko le taillera en pièces lors du débat -> François Hollande élu président en 2012.

D’autres choses qui paraissaient sûres et certaines n’ont pas eu lieu (affrontement Balladur/Delors en 95, à la place on a eu Jospin/Chirac – Jospin battant Chirac en 2002, il n’a même pas franchi le 1er tour), bref, je cherche juste à vous convaincre d’une chose : ce qu’on tient pour impossible finit souvent par arriver. 

L’impossibilité en politique est une notion variable sur laquelle on ne doit surtout pas se reposer pour justifier sa propre inaction. >