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Jeudi 23 mars

Premier bilan au bout de 6 semaines de traitement

Lever 6h30, cancer ou pas ça pique. Hassan arrive une heure après, ponctuel et de bonne humeur. Aujourd’hui c’est une grosse journée de grève, il y a du monde sur la N20. Dans le taxi, je pense à ma mère, née un 23 mars, partie beaucoup trop tôt, d’un cancer du sein qui s’était étendu. J’ai souvent regretté de ne pas être passé la voir plus souvent les dernières années de sa vie. On pense qu’on a le temps, qu’on ira la semaine prochaine, on remet parce que ce n’est pas si grave, on sait qu’on s’aime et que quand on se verra, on le ressentira, profondément, qu’on parle de n’importe quoi, que les temps soient difficiles ou que la vie soit douce, on s’aime et ça, ça ne changera pas. Mais voilà, un jour il n’y a plus le temps pour repousser la prochaine visite parce que les choses se précipitent, les visites désormais c’est à Curie qu’on les fait. Et, un matin, on apprend qu’il n’y aura plus de visite… Je repense à tout cela en arrivant sur Paris d’autant que, pour éviter la Pte d’Orléans, Hassan est passé par l’ avenue Reille qui relie le parc Montsouris, près duquel tous les membres de la famille ont vécu à une moment ou à un autre, à la place Denfert-Rochereau. Notre mère est partie en 2004, cela fait presque vingt ans, la vache, vingt ans !

Quand je reviens au présent, Hassan ayant bien prévu l’coup, on arrive à Cochin avec seulement dix minutes de retard. L’hôpital de jour, ou HDJ, je ne connais pas pour l’instant, c’est ma première fois. Rachida, ma tour de contrôle est déjà à son bureau. Comme un gros assisté que je suis, je la laisse me dire où je dois aller, c’est très confortable de pouvoir lui faire entièrement confiance, même pour les petits détails. Donc comment ça se passe? En gros, un docteur (une doctoresse en l’occurrence) te reçoit et te pilote vers les différents examens que tu dois faire dans la journée. Ce 23 mars, forcément c’est un peu rock n’ roll car il n’y a qu’une médecin sur les deux, l’autre ayant du retard vu que c’est jour de grève.

On discute, prise de sang, remise des prescriptions et je pars pour un scanner et une IRM de contrôle dans les sous-sols d’Achard. Si ça va vite, j’essaierai de monter prendre des nouvelles de M.

Au scanner rien de nouveau: chaleur dans la gorge et dans le bas-ventre à l’injection de l’iode , puis, “Gonflez vos poumons, arrêtez de respirer; vous pouvez respirer”. On joue à ça deux ou trois fois, tout le monde est très prévenant, je me sens bien. J’enchaîne avec l’IRM, juste à côté. Le matos de Cochin est plus moderne que celui de Ste Anne y a pas photo. un des soignants me file une paire de bouchons à oreille, quelqu’un me cale la tête et on place une espèce masque en plastique au-dessus de mon visage, en mode Hannibal Lecter, et ça me fait marrer tout seul comme un blaireau. Délire suprême, ils ont même prévu un rétroviseur: t’es allongé mais tu vois ton bide et tes jambes ainsi qu’une partie de la pièce et la vitre derrière laquelle tout le monde se tient. Le jeu consiste à ne pas bouger du tout, un peu comme dans un 1,2,3 Soleil ! L’appareil ne ferait pas autant de bruit, je m’endormirais presque. Je sors de là, il est presque midi, pas le temps de monter voir M, il faut que je retourne à Cornil-Brissaud pour voir le doc pour… manger? Ah bon, ok.

Moment un peu étrange, t’es dans une salle avec deux autres malades qui, eux aussi mangent, t’as une omelette purée en plat principal. Qui a pu un jour avoir l’idée de ce genre d’association? Ça se laisse avaler cela dit… Encore une fois, je remarque qu’il règne une certaine bienveillance teintée de discrétion entre les malades. On sait tous qu’on n’est pas là pour le plaisir et qu’on n’a pas forcément envie d’en parler, donc chacun reste dans sa bulle sans que cela soit gênant car on sait que si l’un d’entre nous a besoin d’un renseignement, d’une aide pour ouvrir son yaourt ou sa barquette de fromage, il n’aura qu’à demander, personne ne l’enverra bouler, au contraire.

Après le repas, retour en chambre, nouveau chapelet de docteurs et infirmières et une bonne nouvelle: tout a réduit à peu près de moitié où que ça se trouve, sauf sur les os où ça n’a pas bougé. Pas mal déjà. A la limite, je suis moins bluffé par les résultats que les médecins eux-mêmes, mais je suis soulagé d’avoir pu faire les bons choix.

M l’inoxydable

En sortant j’appelle Hassan. Il est dans le 95 et m’annonce qu’il ne pourra être là que dans une heure. J’en profite pour retourner à Achard au 6e étage cette fois, prendre des nouvelles de M. J’arrive dans le couloir du service de Médecine interne et là j’hallucine: la porte est ouverte et sur le même lit de la même chambre, je vois ses deux jambes dépasser du rideau. Il est toujours là et il me reconnaît parfaitement bien. Je suis heureux de le retrouver, tel que je l’ai quitté il y a plus d’un mois et demi. Il n’a plus besoin de déambulateur même si il a encore du mal à marcher sans. Il me l’explique comme cela: “Tu vois, hier j’avais confiance jusque-là (il montre le lit d’à côté, celui où j’étais), mais certaines fois j’ai confiance jusqu’à la chambre d’en face de l’autre côté du couloir. » C’est ainsi qu’il mesure son état de forme, par la confiance qu’il a dans sa capacité à atteindre tel ou tel point. M me bluffera toujours je crois, il est tenace et déterminé. Comme il le dit, il n’a pas le choix: c’est ça ou crever. Je me rends compte que j’éprouve vraiment de l’affection pour lui, c’est quelqu’un de terriblement attachant. Je réalise à quel point il a rendu mon premier séjour facile, drôle et intéressant malgré la panade dans laquelle nous étions tous les deux. Je lui dis comme j’ai apprécié sa compagnie durant ce temps. Il me répond:”Moi aussi, pareil.”. Je le quitte au bout d’une grosse demi-heure en promettant de revenir le voir. J’espère juste que je pourrai.

Je rejoins Hassan qui m’attend à la station de taxis, en rentrant on discute football, M’Bappé capitaine, l’équipe du Maroc pendant la coupe du monde, la France qui devrait être plus flamboyante avec les joueurs qu’elle a etc. Deschamps, Zidane, Real de Madrid, son club préféré, les nouvelles étant bonnes, l’atmosphère est légère.

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