HI-HA, HI-HA

Allez aujourd’hui on va parler d’IA (entre autres)

Je fais partie de ces gens qui sont, encore aujourd’hui, étonnés de la vitesse à laquelle on a adopté l’informatique dans les années 80, finissant par lui confier à peu près tout, des trains aux feux rouges, aux avions, de la gestion du réseau électrique à celle des payes, des stocks, des commandes etc. C’était déjà hallucinant compte tenu de la fragilité de ces systèmes informatiques.

Ordinateur portable vintage des années 80, symbole de l’adoption rapide et aveugle de l’informatique.
Létrobien ce portab’ !

Mais, encore mieux, on a refait la même dans les années 90 avec internet. On allait voir ce qu’on allait voir, l’information allait circuler librement sur ses autoroutes, la connaissance allait se diffuser mondialement ! On allait pouvoir s’instruire, dialoguer, nouer des contacts, avoir accès à tous les musées du monde, collaborer d’un continent à l’autre. Résultat, on se retrouve avec le plus gros supermarché du monde, on s’engueule, on s’insulte sans s’écouter par réseaux sociaux interposés et on passe de vidéos d’influenceurs débiles et sponsorisés à des photos de chats mignons. Scrollez je le veux!

Sans compter qu’on s’est fait peur à l’orée des années 2000. Ben ouais, on avait pas codé assez bien dis donc, y allait pitet n’avoir un beugue catastrophisant. Encore une fois, on s’était jetés là-dedans à corps perdu sans en mesurer les failles: programmes mal codés, bugs éventuels, piratages, guerre numérique. Et, dans le même temps, on avait allègrement transféré au réseau la gestion des finances mondiales, des comptes bancaires, des données de santé et même parfois, jusqu’à la gestion des votes. Avouez que, faut être un peu con… Non?

Écran d’erreur du bug de l’an 2000, illustration des peurs et des failles des systèmes informatiques.
le bug, beugue, bogue, blugue de l’an 2000, ça faisait peur…

Pis voilà qu’on retombe de nouveau dans la même ornière avec l’IA. Tout le monde s’y précipite (moi y compris, comment tu crois que je traduis ce site?). Désormais, non seulement tu peux poster une photo de ton chat, mais tu peux le faire jouer au foot, sauter en parachute ou le poser au sommet du Mont Blanc. Pis si t’as pas de chat, l’IA t’en concocte un virtuel, trop kawai et qui parle. Au boulot, t’en as marre d’écrire des comptes-rendus de réunion? T’enregistres la réunion, l’IA rédige ton compte-rendu en cinq secs et parfois mieux que toi. T’as la flemme de chercher un renseignement ? I-A ! Tu veux écrire une petite histoire, une lettre d’amour? I-A!! Tu veux refaire ton intérieur? Savoir ce que tu peux cuisiner avec le contenu de ton frigo? Monter ton site web sans rien y comprendre? I-A!!! I-A!!!! I-A!!!!!

De nouveau, on se vautre dans la facilité, dans le vite-fait mal(?)-fait, au nom de la performance et du confort. Or, rappelons-le, le confort rend con, dépendant et nous transforme en esclaves serviles. Alors oui, des voix s’élèvent tout de même pour dénoncer la disparition de tout un tas de métiers, on leur répond: d’accord mais ça en crée d’autres. Certains s’alarment des conséquences de la multiplication des fermes à serveurs sur l’environnement et particulièrement sur la ressource en eau (refroidissement), on les endort avec des promesses d’améliorations technologiques et de recours aux énergies renouvelables. Et puis, il y a ceux qui s’inquiètent de l’avènement de la Singularité, cette IA qui prendra conscience d’elle-même qui s’auto développera, se rendra maîtresse des réseaux et finira par nous rendre inutiles et, au pire, par nous exterminer, Temrinator mode. Là, les réponses vont de “Oh l’autre parano eh…” à “On verra bien à ce moment-là…”. Rien de très satisfaisant parce qu’en réalité, on ne sait pas bien si on doit ou non craindre que ça arrive. Si oui, on n’a aucune idée de quand ça risque d’arriver et de si on sera capable d’y faire face. Dans ces cas-là, le consensus veut qu’on botte en touche… et qu’on mette la poussière sous l’tapis

Image générée par IA de chats jouant au football, exemple des utilisations futiles et distractives de l’intelligence artificielle.
AI chat, AI chat, écoute-moi…

Enfin, sachant tout cela, certains s’interrogent: “A quoi bon investir tous ces milliards dans une technologie risquée, dévoreuse d’emplois, néfaste pour l’environnement et qui pour le moment n’est pas spécialement rentable ? “ Qu’est-ce qui pousse tous ces gens à mettre des montagnes de pognon sur la table pour nous permettre de poster des p’tits chats ou de générer un nouveau morceau des Beatles plus insipide tu meurs? Spoiler: l’IA n’est pas là pour vos p’tits chats, vos memes, vos œuvres d’art frelatées ni même pour vous aider au boulot ou à gérer votre vie quotidienne. L’IA, pour ceux qui la financent et la développent (quasiment tous des intérêts privés…), c’est juste l’outil de contrôle et de surveillance le plus puissant jamais mis en place.

KKKontrôll !!!

Au cœur de tout cela, se trouvent les données, les fameuses datas dont on nous rebat les oreilles. Avant l’internet, les données étaient récupérées, stockées et exploitées en silo. C’est à dire que chaque entité, impôts, sécurité sociale, employeurs, supermarchés, les différents ministères etc. détenait des données sur chacun de nous, relatives à leurs champs d’action respectifs et n’étaient pas censés les croiser ou alors dans un cadre législatif supposé restrictif.

A partir du moment où on a développé le commerce en ligne, les banques en ligne, les forums, les mails etc. chacun de nous, a involontairement contribué encore plus à alimenter ces bases de données, par obligation ou parce que c’était rapide, pratique, confortable. La tendance s’est accélérée et massifiée avec l’adoption des smartphones, qui, de plus, envoient nos données un peu partout, nous rendent traçables, et nous exposent à tous les vents, avec nos goûts, nos opinions, nos habitudes, à notre insu. Et le pire, c’est qu’on collabore avec entrain via les réseaux sociaux, les messageries, les programmes de fidélité, notre surf quotidien et nos demandes aux IA diverses.

Là aussi, certaines voix se sont élevées s’inquiétant de cette collecte sauvage et systématique de notre intimité finalement. Je me rappelle qu’autour de 2015 on nous expliquait que la NSA écoutait tout, surveillait tout ce qui s’échangeait, conversations téléphoniques, SMS, mails, posts sur les réseaux. Et je me souviens de la réaction la plus courante, aussi bien chez monsieur tout le monde que parmi les “experts médiatiques”: “Oh ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent, la masse de données est si énorme qu’ils n’auront jamais assez de monde pour analyser tout ça.” Sans même parler du sempiternel et bien débile: ”Ah ben moi j’m’en fous, t’façon j’ai rien à m’reprocher.”

Silhouette d’une personne encerclée par des lumières, métaphore de la surveillance et du contrôle social permis par l’IA. Photo de Chris Yang sur Unsplash.
Rendez-vous, vous êtes cernés! – Photo de Chris Yangsur Unsplash

Hé ben désormais ils les ont ces moyens d’analyse, grâce à l’IA. On passe au niveau industriel et c’est totalement opérationnel depuis un moment déjà, avec le système de crédit social en Chine, la reconnaissance faciale des JO de Paris 2024, la répression d’ICE aux US assistée par Palantir, etc.

Tous les gouvernants y poussent au nom de l’ordre, de la sécurité, de la stabilité façon Meilleur des mondes. Ça a même été théorisé par le fumeux mais néfaste Curtis Yarvin (aka Mencius Moldbug) l’un des “penseurs” de cette mouvance. Le meilleur des mondes, avec son patchwork de micros-états dirigés par des souverains/CEO. Avec des sociétés divisées en castes, basées sur l’utilité économique de chacun et ses marginaux que Yarvin pense parquer dans des camps de réhabilitation sociale, plaisantant même sur l’inutilité des les éliminer désormais, car il suffira de leur mettre des lunettes VR et de les faire vivre dans un univers virtuel. Tous les citoyens seraient triés par IA à partir des données recueillies via tous les services er réseaux sociaux possibles afin d’établir cette nouvelle hiérarchie sociale. Ça fait envie, non?

Statues portant des lunettes de réalité virtuelle, symbole de la marginalisation et de l’aliénation technologique. Photo de Igor Omilaev sur Unsplash.
e-Marginaux 3.0 – Photo de Igor Omilaevsur Unsplash

Je ne sais pas si ça ira jusque-là un jour, mais il est quasiment sûr que, bientôt, les différences entre démocraties, démocraties illibérales (langage de crétins), régimes autoritaires, dictatures, se réduiront à des détails, des apparences, des faux-semblants, tant tous nos dirigeants rêvent de sociétés où tout le monde se comporte comme il faut, où les mal-pensants sont marginalisés, où les travailleurs ne mouftent pas, où tu peux couper les vivres à n’importe quel citoyen d’un clic. Tout cela avance patiemment, méthodiquement et l’histoire retiendra que pendant ce temps, nous continuions de poster des vidéos de licornes qui jouent au foot. Au fait, je m’demande: elles font comment pour les têtes ?

L’ordre (nouveau?) naît du chaos dit-on…

Ceux qui lisent régulièrement ce blog s’attendaient sans doute à des posts sur l’Iran ou les municipales 2026, le RN etc. Et bien c’est exactement ce dont je vous parle ici. Tous ces tech bros sont d’accord sur un point: personne ne votera en connaissance de cause pour leur projet. En revanche, une bonne grosse période de chaos leur permettrait d’imposer leurs vues à l’insu de notre plein gré, au prétexte de rétablir l’ordre et la sécurité. Cela rendu encore plus facile car tout ce pouvoir technologique leur permet d’ores et déjà d’influer sur nos vies, nos choix et nos votes.

Dès lors, le bordel actuel au Moyen-Orient va dans leur sens. Ils sont d’ailleurs rejoints par ces demeurés de christian bros (extrême droite bigote US) qui, eux, y voient les prémices de l’apocalypse et du retour de Jésus (je sais c’est complètement dingue).

Cela explique aussi que les tech bros soutiennent tous les partis et mouvements d’extrême-droite même et surtout les plus incompétents. Pari forcément gagnant, car, en dehors de la proximité idéologique, soit ces dirigeants, une fois élus, se précipiteront sur leurs produits à des fins de maintien de l’ordre, de contrôle des populations et des migrants, soit ils se bananeront lamentablement contribuant ainsi au bordel ambiant et à la demande d’ordre et de sécurité du citoyen lambda.

Caricature des 'tech bros', représentants des intérêts privés qui financent et contrôlent le développement de l’IA.
Pour rendre le monde meilleur qu’ils disaient…

Voilà, si vous vous demandiez encore pourquoi ces gens amassent des fortunes aussi colossales , ben vous avez la réponse et par-delà nos différences, nos idées politiques, religieuses etc. je ne pense pas que ce soit NOTREUH PROJEEEEET !

Wesh gros!

 

Pour aller plus loin:

une vidéo intéressante (en anglais et en français (voix IA)) qui soulève de multiples points sur la manière dont les entreprises d’IA voient les choses.

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